Cette toute petite question me donne des frissons dans le dos ! Y
a-t-il quelque chose de plus traumatisant que l’idée d’être totalement
dépendante de l’autre… ?
- On va où l’autre va et si elle ne va nulle part, on reste-là.
- Si
l’autre est de bonne humeur tout va bien, sinon…
- Notre estime personnelle est tributaire du regard que l’autre porte sur
nous : un regard de travers et nous voilà six pieds sous terre.
- L’autre devient le centre autour duquel tout le reste gravite.
- Il n’y a
qu’avec l’autre qu’on se sente pleinement vivant.
Ouf ! Qui pourrait bien vouloir vivre une vie comme celle-là ?
Une dépendance pure et
dure
Je connais pourtant une personne qui a vécu exactement cette situation
durant plusieurs mois, neuf pour être plus précise. Au bout de cette
période l’autre l’a carrément mise à la porte en la poussant de toutes
ses forces et, comble de malheur, quelqu’un est arrivé avec des ciseaux
et… a coupé le cordon !

Eh oui ! C’est vous ! C’est moi ! C’est nous
!!! Notre arrivée sur Terre se vit sous l’enseigne de la dépendance
pure et dure. Nous sommes « attachés » à l’autre au sens propre comme
au sens figuré. Et si, au sens propre, la coupure du cordon guérit
assez facilement, au sens figuré c’est une toute autre histoire.
Des As de la dépendance
Une fois le cordon coupé, nous ne sommes pas
autonomes pour autant ! Durant les premiers mois de notre vie nous
sommes des As de la dépendance sous toutes ces formes : incapables de
nous déplacer, de manger seul, de parler et, pire encore, si l’autre ne
nous démontre pas de tendresse, notre santé s’en ressent. La seule
preuve que nous ayons de notre existence se trouve dans le regard que
l’autre porte sur nous, dans l’attention qu’il nous accorde, dans les
soins qu’il nous prodigue. Sans l’autre, nous n’avons même pas
conscience d’exister.
Amour en vue !
Les premières années inscrivent en nous la croyance profonde que
l’autre est plus important que tout, plus important que nous. Et dès
que l’amour se montre le bout du nez la croyance se réactive, ramenant
à notre mémoire le souvenir de cette fusion intense qui a marqué le
début de notre existence au fer rouge.

On réalise bien vite que si on
est devenus autonomes à plusieurs niveaux, au niveau affectif, notre
autonomie ressemble à celle d’un enfant de deux ans. Lorsque nous
sommes en compagnie de l’autre, même notre voix change, prenant des
tonalités infantiles proches du gazouillement. L’autre devient vite le
centre autour duquel notre existence se met à graviter : on oublie nos
amis, on perd de vue nos priorités, on laisse tomber nos activités, on
n’existe plus que dans le regard que l’autre porte sur nous, le reste
n’a plus d’importance !
Devenir notre plat de résistance
Dans son livre Un homme au dessert, Sonia Friedman compare nos besoins
affectifs à un repas. S’il est vrai que nous avons besoin de manger
pour vivre, les aliments qui composent notre repas n’ont pas tous la
même importance. Nous devons donc classer par ordre de priorités les
différentes composantes de notre vie affective.
Bien entendu, elle nous
invite à nous attribuer la place la plus importante, celle du plat de
résistance, et à placer l’autre au dessert, une petite touche sucrée
qui vient agrémenter un repas déjà complet en lui-même, un supplément
agréable au goût, mais non essentiel à notre vie.
Le seul et unique
centre autour duquel notre vie doit graviter c’est le nôtre, car la
seule et unique personne qui puisse vraiment nous rendre heureux pour
le reste de notre vie, c’est nous, au sens propre et au sens figuré !
Lucie Douville