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ÉDITORIAL

Êtes-vous une personne dépendante ?

Par Lucie Douville


Cette toute petite question me donne des frissons dans le dos ! Y a-t-il quelque chose de plus traumatisant que l’idée d’être totalement dépendante de l’autre… ?


  • On va où l’autre va et si elle ne va nulle part, on reste-là.
  • Si l’autre est de bonne humeur tout va bien, sinon…
  • Notre estime personnelle est tributaire du regard que l’autre porte sur nous : un regard de travers et nous voilà six pieds sous terre.
  • L’autre devient le centre autour duquel tout le reste gravite.
  • Il n’y a qu’avec l’autre qu’on se sente pleinement vivant.


Ouf ! Qui pourrait bien vouloir vivre une vie comme celle-là ?


Une dépendance pure et dure
Je connais pourtant une personne qui a vécu exactement cette situation durant plusieurs mois, neuf pour être plus précise. Au bout de cette période l’autre l’a carrément mise à la porte en la poussant de toutes ses forces et, comble de malheur, quelqu’un est arrivé avec des ciseaux et… a coupé le cordon !


Eh oui ! C’est vous ! C’est moi ! C’est nous !!! Notre arrivée sur Terre se vit sous l’enseigne de la dépendance pure et dure. Nous sommes « attachés » à l’autre au sens propre comme au sens figuré. Et si, au sens propre, la coupure du cordon guérit assez facilement, au sens figuré c’est une toute autre histoire.



Des As de la dépendance

Une fois le cordon coupé, nous ne sommes pas autonomes pour autant ! Durant les premiers mois de notre vie nous sommes des As de la dépendance sous toutes ces formes : incapables de nous déplacer, de manger seul, de parler et, pire encore, si l’autre ne nous démontre pas de tendresse, notre santé s’en ressent. La seule preuve que nous ayons de notre existence se trouve dans le regard que l’autre porte sur nous, dans l’attention qu’il nous accorde, dans les soins qu’il nous prodigue. Sans l’autre, nous n’avons même pas conscience d’exister.


Amour en vue !
Les premières années inscrivent en nous la croyance profonde que l’autre est plus important que tout, plus important que nous. Et dès que l’amour se montre le bout du nez la croyance se réactive, ramenant à notre mémoire le souvenir de cette fusion intense qui a marqué le début de notre existence au fer rouge.



On réalise bien vite que si on est devenus autonomes à plusieurs niveaux, au niveau affectif, notre autonomie ressemble à celle d’un enfant de deux ans. Lorsque nous sommes en compagnie de l’autre, même notre voix change, prenant des tonalités infantiles proches du gazouillement. L’autre devient vite le centre autour duquel notre existence se met à graviter : on oublie nos amis, on perd de vue nos priorités, on laisse tomber nos activités, on n’existe plus que dans le regard que l’autre porte sur nous, le reste n’a plus d’importance !


Devenir notre plat de résistance
Dans son livre Un homme au dessert, Sonia Friedman compare nos besoins affectifs à un repas. S’il est vrai que nous avons besoin de manger pour vivre, les aliments qui composent notre repas n’ont pas tous la même importance. Nous devons donc classer par ordre de priorités les différentes composantes de notre vie affective.

Bien entendu, elle nous invite à nous attribuer la place la plus importante, celle du plat de résistance, et à placer l’autre au dessert, une petite touche sucrée qui vient agrémenter un repas déjà complet en lui-même, un supplément agréable au goût, mais non essentiel à notre vie.

Le seul et unique centre autour duquel notre vie doit graviter c’est le nôtre, car la seule et unique personne qui puisse vraiment nous rendre heureux pour le reste de notre vie, c’est nous, au sens propre et au sens figuré !

Lucie Douville



Contenu intégral du texte dans le Magazine VIVRE de mars-avril 2005. Ce texte vous a plu et vous aimeriez consulter
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