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ÉDITORIAL

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ÉDITORIAL : L'habit ne fait pas le moine

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Déjà, dans les années 100 apr. J.-C., Plutarque nous invitait à discerner le faux du vrai: « Barba non facit philosophum, », « La barbe ne fait pas le philosophe », avait-il dit, signifiant par là qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences. Au XIIIe siècle, à cette première mise en garde s'en était adjointe une autre : « Cucullus non facit monachum. », « L'habit ne fait pas le moine… »

Pourtant, après plus de 800 ans d'histoire, force est de constater que ces deux missives n'auront pas suffi à nous affranchir de notre naïveté.

Lucie Douville, éditrice


DANS LE FILET DES APPARENCES
Nombreux sommes-nous, encore aujourd'hui, à nous laisser prendre au piège des apparences pour suivre aveuglément des leaders qui, par leur façon de parler, de faire, d'être ou de paraître nous impressionnent à un point tel, qu'on remet les clés de notre destin entre leurs mains, perdant du coup notre capacité de discerner l'illusion de la réalité. Le discours d'un érudit qui n'en finit plus de nous obnubiler, l'étoile blanche d'un stylo-plume Montblanc qui scintille au sommet de la poche poitrine d'un Armani fraîchement pressé, le foulard Louis Vuitton qui valse sur un chemisier Prada bien agencé, le chauffeur qui ouvre la porte d'une limo de l'année et nous voilà amputés de notre faculté de penser, incapables de distinguer le faux du vrai, cédant notre pouvoir à ces illusions bien emballées.

DÉMASQUER L'ILLUSION, DÉCOUVRIR SA VÉRITÉ
Mais comme le piège des apparences n'a pas d'allégeance, c'est par ce même mirage que notre leader est mis en cage. On lui dit qu'il est beau, qu'il est bon, qu'il est brillant, que c'est lui que le succès attend. On lui offre un Montblanc assorti d'un Armani en lui disant que son avenir est garanti. Les années filent, les employés défilent et bien que les objectifs, eux, soient atteints, notre leader n'est plus sûr de rien. Il a beau gravir des échelons et atteindre des sommets inégalés, il ne réussit pas à déguster les bienfaits que ce septième ciel devrait lui procurer. Et c'est alors que, du haut des cieux, Plutarque invite notre leader devenu malheureux à démasquer l'illusion pour découvrir sa vérité. « Mons albus non facit felicitatem.», « Le Montblanc ne fait pas le bonheur… »

Certains vont faire la sourde oreille, tandis que d'autres vont ouvrir tout grand les yeux pour réaliser qu'ils sont à mille lieues des valeurs qui, jadis, comptaient vraiment pour eux.

À FAIRE OU À ÊTRE ?
Nombreux sont-ils, ces nouveaux leaders, à émerger sur les rives de la conscience après s'être libérés du piège des apparences. Comme le phénix qui renaît de ses cendres, ils renaissent aux valeurs profondes qu'ils ont toujours portées, en déposant sur le bûcher toutes ces illusions qu'ils avaient prises pour la réalité, gagnant ainsi toujours plus en lucidité. Qui je suis devient prioritaire à ce que je fais, ce que je porte en moi irradie sur ce que je porte sur moi, ma parole devient impeccable, mon action arbore ma signature et mon intention ne peut être nulle autre que pure.

D'égotique la pensée devient globale, la vision occupe la place centrale; l'employé n'est plus monnayable dans l'équation, on reconnaît dorénavant son talent et son droit à la réalisation. La quête de sous fait place à la quête de sens et, croyez-le ou non, cette quête n'altère en rien les finances. Les délices du septième ciel sont désormais à portée de mains, car on n'a plus à gravir pour réussir, mais à s'intérioriser pour goûter à la félicité.


TOUCHER LE MEILLEUR EN SOI, VOIR LE MEILLEUR DANS L'AUTRE
Nombreux sont-ils, ces nouveaux leaders qui, tels des phares, guident aujourd'hui tous ceux et celles qui naviguent difficilement sur les eaux troubles et incertaines du monde des affaires,n'ayant pas encore compris que tout ce qu'ils avaient à faire, c'est d'être. Nombreux sont-ils à avoir reconnu leur talent et à l'avoir mis à profit, à avoir retrouvé leur passion et à l'avoir suivie.

Vêtus d'un jeans et d'un polo, leur simple présence nous inspire, sans même qu'ils n'aient rien à dire. Et du haut des cieux, Plutarque est heureux… « Tandem comprehendunt. », « Ils ont enfin compris!...»


Version intégrale disponible dans le numéro actuellement en kiosque.

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