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DOSSIER : Nouveau leader tranquille, Entrevue avec Rémi Tremblay
 Rémi Tremblay est un leader résolument pas comme les autres. Avec son tout dernier livre sur le thème de la tranquillité, il réconcilie le monde des affaires et l'humain. Tour de force ou nécessité de notre siècle?
Marie-Josée Tardif, journaliste et auteure
Après avoir connu beaucoup de succès comme un des jeunes leaders les plus prometteurs au pays et dirigé les 11 000 employés d'Addeco Canada, Rémi Tremblay a effectué un virage à 180 degrés dans sa carrière. Convaincu qu'il lui fallait désormais donner du sens à son travail, il a pris son bâton de pèlerin et fondé Esse Leadership, une toute petite boîte de deux employés qui fait de grandes choses. Son pari : nous faire découvrir qu'en tant que leaders (que ce soit dans le monde du travail, à la tête de notre famille ou dans notre propre vie), il est urgent d'aller à la rencontre de nous-mêmes.
Dans ses bureaux du Vieux-Québec, c'est-à-dire un appartement à la fois zen et douillet, j'ai eu l'immense plaisir de m'installer au coin du feu en compagnie de Rémi. Puis, à nouveau, je l'ai écouté refaire le monde... du travail! Et cette fois, sous le signe de la tranquillité.
Votre tout dernier livre s'intitule « J'ai perdu ma montre au fond du lac ». Pouvez-vous nous expliquer ce titre?
Ce livre est sur le thème de la tranquillité. Ma tante Francine, qui travaille avec les autochtones depuis des années, me dit toujours à quel point on se souvient plus souvent des symboles que des paroles. Au moment de l'écriture, je me suis rappelé cet épisode d'« intranquillité » totale où, lors d'une baignade avec mes fils dans le Lac St-Jean, j'avais perdu ma montre à laquelle je tenais beaucoup. Je traversais déjà, à cette époque, une période de grande intranquillité en tant que patron chez Adecco. Ce jour-là, alors qu'on avait beaucoup de plaisir en famille, je me suis complètement énervé et j'ai énervé tout le monde.
Pendant une heure, on a ratissé le lac. Plus on remuait la boue, plus c'était difficile de la repérer. Au bout d'une heure, on a finalement trouvé la maudite montre, mais la journée avait été gâchée. Je conclus le livre en me demandant : « Et si j'avais été plus tranquille, probablement que j'aurais tout simplement dit à mes fils : Oups! J'ai laissé tomber ma montre, on ne bouge plus, on attend que le sable retombe dans le fond du lac et un rayon de soleil va faire apparaître la montre. Probablement qu'en deux ou trois minutes, j'aurais retrouvé ma montre, je n'aurais mobilisé personne et je n'aurais surtout pas gâché ce moment de plaisir que nous partagions. »
Pour moi, cette métaphore exprimait tellement clairement ce qu'on vit comme leader quand on s'agite. Quand on s'énerve, on énerve tout le monde, on mobilise tout le monde pour tellement peu de résultats. Aujourd'hui, je fais vraiment un lien direct entre la tranquillité intérieure et la performance de nos organisations. Je fais également la même constatation comme père vis-à-vis de mes fils. Plus je suis tranquille, plus ils le sont. Puis au-delà de tout ça, je trouve qu'on doit se donner le droit d'être tranquille.
Vous pensez vraiment que les leaders de famille ou d'entreprise ne se donnent pas même le droit à la tranquillité?
Je pense qu'on est devenus pratiquement fatalistes par rapport à cela. Nous sommes tellement plongés dans un monde d'« intranquillité » : la pression des actionnaires, la pression des ministres, la pression des scandales, la pression de la santé... Les médias, la vitesse, la technologie... C'est comme si nous avions accepté l'« intranquillité » et qu'il ne nous restait plus qu'à nous convaincre d'apprendre à la gérer. Or, moi je découvre que c'est possible de devenir plus tranquille. C'est un choix.
Version intégrale disponible dans le numéro actuellement en kiosque.
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