DOSSIER : L'OMBRE
Quand l’ombre devient sympathique
Rencontre avec André Lacoste
Souffre-douleur de la famille Bougon ou de Martin Matte dans les célèbres publicités de Honda, le comédien André Lacoste incarne des rôles d’antihéros avec tant de candeur et de sincérité qu’il en devient attachant. Voici l’histoire d’un homme qui a choisi de jouer pleinement le jeu des ombres et des lumières, dans le grand théâtre de la vie.
Par Marie-Josée Tardif, journaliste et animatrice à Radio Ville-Marie
Vous avez tous sûrement vu à la télévision ces publicités très amusantes où l’humoriste Martin Matte vante les mérites des voitures Honda, tout en se payant allègrement la tête d’un mécanicien médusé, incapable de prendre sa revanche.
Le comédien qui se cache derrière la casquette et les lunettes de ce pauvre garagiste que nous avons fini par prendre en affection s’appelle André Lacoste. Au fil des ans, André a osé affronter ses propres zones d’ombre dans le cadre d’une démarche de transformation intérieure, si bien que ses personnages d’antihéros - comme celui de Jocelyn dans Watatatow et du proprio des Bougon - sont devenus encore plus sympathiques. Serait-ce à dire qu’à partir du moment où nos travers sont mis en lumière, sans retenue et sans honte, ils peuvent se transformer en alliés?
Q. Le métier d’acteur est extraordinaire pour quelqu’un qui veut apprendre à se connaître. Ne trouvez-vous pas aussi qu’il s’agit d’une occasion privilégiée pour visiter l'ombre et la lumière qui se cachent en chaque être humain?
De nombreux jeunes me demandent comment je fais pour jouer des rôles de méchants, de perdants, etc. Je leur réponds toujours que je me sers de moi. On a tous en nous-mêmes divers degrés de méchanceté ou d’apitoiement. Quand on travaille sur soi, ça devient encore plus clair. On devient de plus en plus indulgent envers soi-même, ce qui, par voie de conséquence, nous permet d'être encore plus méchants dans nos rôles de méchants. Autrement dit, plus notre estime de nous-mêmes est forte et plus, en tant qu’acteurs, on peut jouer des rôles sombres. Et plus on est en mesure d’aller chercher la laideur au fond de soi, plus on peut admettre que les spectateurs nous chahutent lorsqu’ils détestent notre personnage. Il arrive parfois que les gens aiment détester le personnage ou qu’ils vont avoir de l'empathie pour lui, comme ils en ont pour mon personnage dans les publicités de Honda. Le garagiste est une victime, et parce qu’en général nous avons tous un petit côté victime, on peut facilement s'identifier à lui.
J'ai déjà été une victime et je me surprends encore à en être une de temps en temps. Deux ou trois personnes m'ont profondément blessé dans le passé et j'ai encore de la difficulté à ne plus avoir de ressentiment envers elles. Je sais très bien que la seule personne à qui je fais du tort en réagissant de la sorte, c'est à moi. J’ai d’ailleurs une très belle phrase que je me répète souvent : « Le ressentiment est un poison que l'on prend, en espérant que ce soit l'autre qui en meurt. » C'est tellement vrai! On perd un temps précieux à s'autodétruire dans le ressentiment, parfois même face à des personnes qui ne sont plus dans nos vies.
Lorsque je pense à l'ombre qu'on a l’impression de voir de plus en plus dans le monde d’aujourd’hui, je crois que notre passage par cette étape va dépendre de notre état d'esprit. L'humanité traverse une crise importante qui ne peut être que propice à un changement. Je crois même que la crise écologique actuelle n'est pas là pour rien et qu’elle va nous permettre d'atteindre un autre niveau de conscience. Le bonheur peut être accessible tout de suite, selon le conditionnement et le déconditionnement que nous choisissons de vivre. Quand vais-je atteindre le bonheur? Est-ce demain, dans deux minutes, tout de suite? C'est à moi de le décider. C'est ma responsabilité à chaque instant.
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