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Myriam de Magdala ou la dimension sacrée du féminin Entrevue avec Jean-Yves Leloup
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Êtes-vous vraiment prêt à découvrir la dimension féminine en vous, peu importe votre sexe? De nos jours, à peu près tout le monde a entendu parler du yin et du yang ou des hémisphères droit et gauche du cerveau, attribués aux aspects féminin et masculin de la personne. Mais êtes-vous prêt à entrer dans l’exploration profonde, sincère et vécue de cet aspect de vous-même trop longtemps incompris et maltraité : le féminin sacré?
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Marie-Josée Tardif
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Il y avait longtemps que le personnage de Marie-Madeleine m’interpellait. Il faut croire que sans bien le comprendre, je pressentais la force de ce symbole féminin par excellence. En tout cas, depuis le jour où j’ai reçu l’éclairage de Jean-Yves Leloup sur ce personnage mythique, je ne cesse de découvrir les multiples facettes de la Marie-Madeleine en moi et de me mettre au défi de vivre les prises de conscience que cela suppose. Tout un contrat, vous verrez! Et en même temps, un chemin fabuleusement transformateur...
Prêtre orthodoxe d’origine française, docteur en psychologie, en philosophie et en théologie, Jean-Yves Leloup est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages hautement inspirés et chaudement accueillis par le public. Cet homme à l’intelligence du cœur peu commune s’est rapidement intéressé au personnage de Myriam de Magdala (Marie-Madeleine), d’abord dans le cadre d’une démarche personnelle, puis en tant qu’érudit.
Réalité ou fiction? Peu importe…
Avant que vous ne poursuiviez votre lecture, il est primordial de préciser que dans l’esprit de Jean-Yves Leloup, peu importe si les personnages des ancien et nouveau testaments ont bel et bien existé sur le plan historique, ce qui compte, c’est de les aborder d’un point de vue symbolique, comme si la conscience de l’humanité se racontait à nous – un peu à la manière des contes pour enfants — afin qu’elle puisse graduellement nous révéler les différentes clés nous permettant d’évoluer.
La légende veut que Marie-Madeleine ait passé les trente dernières années de sa vie dans une grotte située dans le sud de la France; grotte qu’on a ensuite baptisée « la Sainte-Baume », le mot « baume », signifiant d’ailleurs « grotte » en patois provençal. Jamais je n’oublierai mon passage en ces lieux de pèlerinage millénaires, dont je vous parlerai plus spécifiquement dans les prochaines pages. Quelques jours avant cette visite mémorable dans la forêt magique de la Sainte-Baume, j’ai eu le privilège de réaliser l’interview qui suit avec Jean-Yves Leloup. À votre tour, vous êtes conviés à découvrir l’histoire de Myriam de Magdala d’une façon radicalement nouvelle, à rencontrer la dimension sacrée du féminin en vous comme vous ne l’avez peut-être jamais fait auparavant, et ce, que vous soyez homme ou femme.
Q. Jean-Yves Leloup, comment vous êtes-vous intéressé au personnage de Marie-Madeleine et à ce qu’elle symbolise?
R. Cela s'est produit lorsque j'ai visité la Sainte-Baume, en Provence, qui est un lieu sacré dédié à la présence de Myriam de Magdala. On peut dire que Myriam est l'incarnation du féminin et la présence du personnage de Jésus, l’incarnation du masculin, deux aspects que l’on se doit de réconcilier, que l'on soit de sexe masculin ou féminin. Retrouver en soi le féminin sacré passe d'abord par une réconciliation psychologique et même physique avec sa propre mère, avec sa propre matrice. Tant qu'on n'a pas rencontré son propre féminin ou son propre masculin, on le projette sur l'autre. Quand on a l'impression de connaître quelqu'un depuis très longtemps et qu’on a ce que l’on appelle un coup de foudre, c’est en fait une partie ignorée de nous-mêmes qui réagit. La personne aimée nous aide à découvrir ce féminin ou ce masculin qu'on ne connaissait pas. Lorsqu'on a retrouvé cet autre aspect en soi, il arrive alors qu'on se demande ce que l’on fait avec cette personne… Mais c'est peut-être justement le moment où on va commencer à l'aimer vraiment et à ne plus la considérer comme la projection d'une partie de soi-même.
Q. Vous voyez donc le personnage de Marie-Madeleine comme un symbole non seulement spirituel, mais aussi psychologique?
R. J’ai tout d’abord entrepris une démarche psychologique de connaissance de moi-même à partir des différentes polarités, ce qu'on appelle « l'anima » chez Jung. Mais à côté du féminin psychologique, j’ai découvert un féminin spirituel, un féminin sacré, qu’on appelle « la Sophia », c'est-à-dire de la sagesse. Je crois que c'est en se réconciliant avec la dimension féminine de l’être qu'on se réconcilie avec sa dimension spirituelle. C'est Graf Dürckeim qui disait que le chemin vers le spirituel passe par la reconquête de la dimension féminine, contemplative, creuse : la coupe qui accueille l'Être, le Graal.
Q. On parle de l’anima et de l’animus en psychanalyse, du yin et du yang dans le Tao, mais dans l’enseignement chrétien on en parle très peu, hormis peut-être les personnages de Marie et Joseph?
R. Dans la tradition chrétienne, c'est le personnage de Marie, la mère de Jésus, qui a pris toute la place. Nous avons tous à vivre ce que Marie a incarné dans sa réceptivité. Marie, c'est la terre, c'est le cosmos, c'est la matière qui accueille le Verbe, la formation créatrice. Chacun de nous est appelé à devenir une Mère de Dieu, c'est-à-dire à mettre Dieu au monde. Cela peut sembler un peu curieux que pour devenir mère, il faille devenir vierge, mais lorsqu'on dit que Marie est vierge, ce n'est pas dans le sens anatomique ou physique du terme, mais c'est la virginité de l'esprit, du coeur. Dans ce silence du coeur, du corps, de l'esprit, une autre conscience peut émerger, le Verbe peut naître. Dans le christianisme, la dimension du féminin sacré est en fait très importante, puisque le fils de Dieu ne peut venir au monde s'il n'y a pas la femme dans l'Histoire avec Marie de Nazareth, mais aussi la femme en nous qui, par son silence, sa réceptivité, accueille le « Logos », le Verbe, et lui permet de s'incarner.
Q. Les humains sont-ils prêts à comprendre que ces métaphores s'adressent à des aspects intérieurs d’eux-mêmes?
R. Bien sûr. Les écrits sacrés sont des écrits symboliques où Marie n'est pas simplement un personnage de l'Histoire, elle représente un archétype. On pourrait dire qu'elle incarne le « oui originel ». On parle toujours du péché originel, mais on peut aussi parler de la grâce originelle : de cet état de Oui qui précède tous les Non. Dans nos vies, le Oui consiste à découvrir ce qui est plus profond que notre premier Non, c'est-à-dire à trouver ce qui est plus profond que la peur. Trouver le féminin sacré, c'est découvrir en nous le « Oui à la Vie », le « Oui sans peur ».
Il s'agit là d'une longue quête et vous avez raison de dire que lorsqu’on parle de Marie dans les églises, on en parle à un niveau trop extérieur, comme un évènement du passé qui ne nous concerne pas vraiment, alors qu'il s'agit en vérité d’un archétype qui nous touche tous. Chacun de nous a à découvrir en lui-même la Marie de son être, le féminin de son être. On pourrait dire que chacun de nous a à vivre l'Immaculée Conception, c'est-à-dire le silence immaculé d’où peut naître le Verbe…
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