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DOSSIER

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DOSSIER : Le Big-Bang de la Conscience Rencontre avec Hélène Tremblay

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Elle a parcouru 116 pays et espère qu'un jour elle aura visité tous ceux qui restent. Non pas pour jouer les touristes, mais pour embrasser la planète entière. Depuis 25 ans, l'auteure de la célèbre série Familles du Monde nous fait pénétrer dans l'intimité des multiples chaumières de l'humanité. Contre vents et marées, elle tient son rêve fou à bout de bras : nous aider à mieux nous connaître et à mieux nous aimer.

Marie-Josée Tardif, jounaliste, auteure et conférencière

Récemment, j'entendais les réflexions d'un grand penseur selon lequel nous entrons désormais dans une ère où nous n'aurons plus besoin de nous sentir identifiés à notre tribu, notre religion ou nos alliances économiques, mais plutôt à l'humanité entière. À sa façon, Hélène Tremblay est une précurseure de ce vaste mouvement intérieur. En se donnant pour objectif de visiter des familles typiques de chacun des pays du monde, elle a cloué le bec à tous les sceptiques qui croyaient sa mission de présenter l'Humanité à l'Humanité impossible. Pourtant, notre globe-trotter a bel et bien réussi à publier ses découvertes à travers des livres et des conférences captivantes. Une entreprise colossale pour quelqu'un qui n'était pas millionnaire!

Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre quelqu'un pouvant brosser un tableau aussi précis de la situation dans le monde, car après tout, le monde n'est pas celui des politiciens, des banquiers ou des grandes célébrités. Il est celui des gens ordinaires, c'est-à-dire celui par qui le véritable changement peut survenir. Elle qui a pu regarder l'humanité en plein dans les yeux sait désormais que notre temps est compté et qu'un « Big-Bang de la Conscience » est devenu nécessaire.


Pensez-vous que les Occidentaux savent au fond d'eux-mêmes que quelque chose ne tourne pas rond, avec tout le stress qu'ils vivent? Sont-ils sur le point de bouger?
R : Je pense qu'on s'en va vers un changement, avec la crise économique actuelle. On vit dans un monde trop matérialiste. Malgré tout, je pense que le Québec est un modèle très intéressant que je mettrais au curriculum scolaire de bien des pays dans le monde. J'ai souvent parlé de notre Révolution tranquille. Comment les Québécois se sont transformés en disant à papa et maman : « Je me fous de ce que tante Rita va penser. Je suis une bonne fille. Tu le sais, je le sais, et maintenant, je vais faire ma vie. » En fait, un des plus grands pouvoirs sur la terre, ce ne sont pas les gouvernements, l'armée ou la police qui le détiennent. Pour moi, le plus grand pouvoir sur terre se résume en une phrase : qu'est-ce que les autres vont dire?

Ah bon? Après 25 années autour du monde, après avoir visité 116 pays et vécu avec des centaines de familles de toutes les cultures, c'est votre constat général?
R : Oui! Je me souviens d'une femme en Espagne qui se levait toujours très tôt le matin. Elle frottait, elle frottait, tout était impeccable dans sa maison. Un moment donné, je lui ai demandé : est-ce vraiment nécessaire? « Mais oui, a-t-elle répondu. Si quelqu'un venait frapper à la porte et que la maison n'était pas propre, quelle réputation est-ce que j'aurais? »  Quand on pense aux crimes d'honneur, c'est encore pire. Qu'est-ce qu'un crime d'honneur, sinon un acte basé sur la réputation. « Qu'est-ce que les voisins vont dire? » En réalité, il est question de prendre son propre pouvoir.

De nos jours, on retrouve de nombreux organismes venant en aide aux enfants et aux femmes. Maintenant, vous affirmez qu'il faudrait s'occuper des hommes?
R : L'Unicef est l'agence des Nations Unies pour aider les enfants. Unifemme est l'agence pour aider les femmes. Tout le monde est d'accord avec leur existence. Les femmes n'ont pas de difficulté à demander de l'aide. Elles aiment les partages que cela suscite. Or, il manque deux facettes à l'aide humanitaire. La famille est composée de femmes et d'enfants, certes, mais il y a aussi les jeunes personnes et les hommes. Les jeunes personnes sont les plus oubliées sur la planète. Il n'y a pas d'agence des Nations Unies pour les hommes, non plus. J'ai fait rire de moi aux Nations Unies, par des présidents d'agences. « Hélène, tu rêves. Jamais les hommes n'admettront qu'ils ont besoin d'aide! » Je suis une rêveuse, alors je rêve et je continue de demander cette agence parce qu'on ne se comprend plus entre hommes et femmes.

Craignez-vous pour l'avenir de la planète après avoir rencontré tous ces habitants de la terre?
R : Cette question m'a frappée de plein fouet en 1992, quand j'ai vu combien l'Europe était mal en point. Je me suis dit : « Si les Occidentaux ne peuvent même pas sauver l'humanité, alors il n'y a plus aucune chance. » Ensuite, les scientifiques se sont mis de la partie, en affirmant qu'il était peut-être déjà trop tard. Cela m'a tellement percutée que j'ai passé une semaine entière dans mon lit, sans pouvoir me lever. Comme je ne croyais plus à notre avenir, je n'avais plus de raison de me mettre debout. Puis j'ai lu le livre La terre s'éveille de Peter Russell, qui raconte le big bang de l'univers. Je me suis dit qu'il nous fallait absolument un deuxième big-bang, celui de la conscience humaine. Il faut qu'on se réveille si nous voulons survivre. C'est là que j'ai pris conscience que je participais à cet éveil par mon travail.

Chacun d'entre nous avec ses talents, ses convictions, ses passions, participe à cet éveil?
R : C'est ça. Nous sommes arrivés au point où il ne peut plus y avoir d'excuses. On ne peut plus se dire : « Je ne suis pas au courant;  je ne peux pas me remettre en question. Il est trop tard. Je suis trop vieux… » Chacun doit faire la paix intérieurement. Je n'ai aucune idée si l'humanité va survivre. De toute façon, l'humanité n'a jamais su où elle s'en allait. L'important ce n'est pas de le savoir; l'important c'est qu'on participe à quelque chose de plus grand que nous.






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