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ÉDITORIAL : Et si l'Humanité, c'était moi!
 Après avoir tenté de suivre le fil de l'actualité et démêlé l'enchevêtrement des informations diffusées pour trier le bon grain de l'ivraie, après avoir cherché à trouver un sens à ce qui prenait parfois des allures de démence et cherché la vérité sans jamais la trouver, j'ai abdiqué…
Lucie Douville, éditrice
On m'avait pourtant dit qu'être bien informée était la condition sine qua non pour que je devienne une femme d'affaires prospère, une consommatrice avisée, une citoyenne apte à voter, une femme engagée en mesure d'apporter sa contribution à l'humanité. L'Humanité! Voilà ce à quoi j'aspirais… Apporter ma contribution pour que la Terre continue de tourner en rond.
Qu'est-ce qui pend au bout du fil?
Mais je n'ai pas réussi! Cette immersion dans le monde de l'information, c'était pour moi comme essayer de faire de la plongée avec des bonbonnes périmées, on finit par étouffer! J'avais beau essayer, mais chaque fois que je tentais de suivre l'actualité, peu importe la forme sous laquelle elle était ficelée, j'avais le souffle coupé.
Des méthodes utilisées par Monsanto pour déshumaniser le code génétique de notre planète et de tous ses habitants, aux gouvernements qui ne reconnaissent notre intelligence que lorsque vient le temps de voter, nous mentant éhontément le reste de l'année; aux élus qui, au pouvoir rendus, perdent non seulement pied, mais tête aussi; sans parler des glaciers qui fondent et des ponts qui s'effondrent, des animaux qui n'ont d'autre voix d'expression que celle de l'extinction, des abuseurs qui continuent d'abuser, de la justice qui ne sait plus de quel côté pencher et des jeunes pour qui cette grande farce n'a plus aucun sens et qui, en désespoir de cause, choisissent de tirer leur révérence dans l'ultime espoir d'éveiller une humanité en train de sombrer… Une fois le fil de l'actualité débobiné, moi, je n'arrivais plus à respirer.
Ah mon Dieu!
Nouvelle après nouvelle, je me disais : « Ah mon Dieu!... Qu'est-ce que je pourrais faire… » Comment arrêter Monsanto? Comment conjuguer droiture et magistrature? Comment faire de la rectitude une attitude, en commençant par nos dirigeants? Comment faire comprendre aux jeunes que la mort, ce n'est pas une option et que nous avons désespérément besoin de leur vision pour nous permettre de rectifier la situation… Comment? La triste réponse qui montait à chaque fois, c'était : Je ne sais pas!... Et d'un Je ne sais pas à un autre, je me suis retrouvée ensevelie sous une avalanche d'impuissance, incapable de bouger, encore moins de respirer. Moi qui aspirais à sauver l'Humanité, à force d'aspirer sans jamais expirer, poser un geste, contribuer…, j'ai implosé.
Du fil de l'actualité au fil d'Ariane
Devant l'ampleur de la situation et l'impossibilité de la tâche, consciente qu'une opinion de plus, exprimée ou imprimée, n'apportait une satisfaction temporaire qu'à son propriétaire, plutôt que de devenir impassible, ou pire irascible, j'ai changé de cible… J'ai choisi de rapetisser mon territoire au point que ma vision se résume à mon horizon. Je voulais sauver l'Humanité? Qu'à cela ne tienne. Si je réussissais à sauver mon humanité, celle qui, en moi, s'est installée, qui sait, peut-être qu'au-delà de mes frontières, elle pourrait se propager, donner à d'autres l'idée d'essayer et, ensemble, nous pourrions sauver l'Humanité en empruntant la voie de l'intériorité.
Et si l'humanité, c'était moi!
Et si je choisissais de faire tomber le mur… érigé entre ma tête et mon cœur, entre mon intuition et ma raison, me permettant de retrouver ma pleine capacité de penser. Et si je choisissais de m'affranchir de l'esclavage… dans lequel mes dépendances me gardent prisonnière, dépendances aux avoirs et aux plaisirs futiles, me privant de ma liberté et parfois même de ma dignité. Et si je choisissais d'abolir toute forme de dictature… évitant ainsi l'extermination des parties de moi qui ont, elles aussi, le droit d'exister. Et si je choisissais d'instaurer de nouvelles politiques internes… basées sur des valeurs de respect, d'intégrité et de transparence. Et si je choisissais l'écologie comme mode de vie…, rétablissant l'équilibre en mes terres intérieures, cultivant la santé pour mieux la récolter.
Comment, selon vous, se porterait mon humanité? Chose certaine mes aspirations seraient comblées et mon impuissance… envolée!
Version intégrale disponible dans le numéro actuellement en kiosque.
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