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SCIENCE CONSCIENCE: Tantrisme sivaïte du Cachemire Le frémissement sacré de l'Être
 Il y a quelque temps, je suis tombé par hasard sur le livre Désirs, passions et spiritualité de Daniel Odier, un livre sur le tantrisme sivaïte du Cachemire. Adepte de la voie non duelle dans ma vie et mon travail avec le son, j'ai immédiatement été fasciné par la voie tantrique. À mille lieues de l'idée qu'on se fait du tantrisme, j'ai surtout été conquis par son regard porté sur l'essence de la vie et la présence au quotidien, en toute simplicité, loin des dogmes et des croyances. Une voie du cœur qui mène au frémissement de l'être et à la célébration de la Vie!
par Gilles Bédard, Thérapeute par le son
J'ai rencontré Daniel Odier lors de son passage au Québec à l'automne 2011.
Quelle est l'étincelle qui vous a conduit sur la voie tantrique?
Vers l'âge de 15 ou 16 ans, une amie de mes parents dont j'étais proche et qui était très versée dans le zen a commencé à me faire lire les grands textes chinois et japonais, mais aussi Aurobindo et Ramana Maharshi. C'était une époque fascinante où on lisait René Guénon et d'autres auteurs du genre.
Pourquoi avoir choisi le tantrisme sivaïte du Cachemire tout particulièrement?
J'ai d'abord choisi la voie tibétaine. Alors que j'étais dans la vingtaine, je suis parti dans le nord de l'Inde où se trouvaient tous les Tibétains. C'est là que j'ai rencontré Kalou Rinpoché. La voie tantrique tibétaine vient du Cachemire. Après sept ans de pratiques tibétaines, je trouvais que c'était un peu compliqué. J'en ai parlé avec Kalou Rimpoché qui m'a parlé alors du sivaïsme que je ne connaissais pas et j'ai décidé d'explorer cette voie.
Comment décririez-vous la voie tantrique?
C'est une approche à la fois simple et extrêmement efficace qui va directement à l'essence des choses. Ce n'est pas une voie progressive, tout est donné d'emblée, les choses les plus importantes sont dites au début.
Lorsqu'on parle de tantrisme, les gens l'associent tout de suite à sexualité. Pourquoi a-t-on cette perception?
Parce que les Occidentaux aiment bien les choses faciles! (rires) Il faut situer les choses dans un contexte historique. Dans les années 60, il y avait de grands mouvements de libération sexuelle. Donc les Occidentaux, particulièrement les Californiens, ont eu cette idée extrêmement simpliste que la sexualité était la porte à l'extase mystique. Bien sûr, l'idée qu'on puisse atteindre le samadhi, soit l'éveil ou l'illumination, à travers le sexe est intéressante. Si c'était vrai, j'aurais été l'un des premiers à participer au mouvement. (rires) Dans la tradition tantrique, la sexualité est incluse, elle n'est ni refusée, ni rejetée. C'est quelque chose qui survient après des années de pratiques méditatives, après qu'on ait développé la capacité d'entrer en état de samadhi. Il est évident que si on peut atteindre cet état conjoint en faisant l'amour, on peut connaître une expérience mystique, mais pour entrer en samadhi, il faut s'asseoir sur son coussin pendant quinze ans, peut-être un peu moins si on est extrêmement doué, et les Occidentaux ne sont pas reconnus pour leur patience! Ils veulent un résultat tout de suite.
Dans le tantrisme sivaïte du Cachemire, on retrouve également les micropratiques. En quoi consistent-elles?
Les tantriques ont beaucoup observé le fonctionnement de l'esprit et ils ont remarqué qu'il ne devait pas être obligé à quelque chose pendant trop longtemps. Sinon, il se révolte et nous perturbe par un influx de pensées. Alors, les Cachemiriens se sont dits, on va jouer avec l'esprit, on va lui faire des pratiques tellement courtes qu'il va à peine s'en rendre compte. D'où l'idée de pratiquer pendant vingt secondes, trente secondes, une minute, et ce, souvent durant la journée. Ainsi, on essaie d'entrer dans la présence, vingt, trente, cinquante fois dans la journée; on essaie d'entrer en communication avec une chose pendant trois respirations. Par exemple, si on prend une tasse de thé, on essaie de sentir la matière de la tasse, de jouir de son contact, de la chaleur. Ensuite, on essaie de sentir le parfum du thé, cinq, dix secondes, une respiration, ça suffit; ensuite on essaie de boire deux gorgées en ayant pleinement conscience du goût, et on relâche. Ces pratiques permettent de se connecter très fort et très vite à la vie parce que l'effort est minimal. L'intérêt des micropratiques c'est que le corps découvre qu'il a beaucoup plus de plaisir à être présent.
Version intégrale disponible dans le numéro actuellement en kiosque.
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