Nous sommes tous nés artistes. Certains en ont fait un métier, d’autres un hobby, d’autres ont tout simplement oublié…
Au commencement…
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et Il vit que cela était bon. » Pour certains, l’histoire de La Création repose sur la croyance en l’existence d’un créateur tout-puissant, artiste suprême à l’origine de la création. La religion chrétienne évoque le nom de Dieu, les Incas celui de Viracocha, les Polynésiens prient Tangaroa… Dans la mythologie grecque, on reconnaît plutôt le Chaos comme étant à l’origine de la création de l’univers.
Mais peu importe que l’on préconise la théorie d’un Être suprême, celle du Chaos ou une autre, une chose est certaine, nous sommes tous issus de ce vaste mouvement, tissés à partir de cette même fibre. L’empreinte de la création est donc gravée dans nos gènes, faisant de nous les dépositaires d’une capacité innée de créer. L’enfant le sait…
Créer, un besoin inné
Pour l’enfant, créer est un besoin tout aussi vital sinon plus que celui de manger, de boire ou de dormir. Son imagination débordante
fonctionne 24 heures sur 24. Pour lui, tout est prétexte à créer. Dans ses petites mains les figurines prennent vie, le bâton devient Excalibur, le sable se métamorphose en château et la serviette en tapis volant. Il vit dans un monde où l’imaginaire est roi et où le temps n’existe pas. Et si la source à laquelle il puise son inspiration est la même pour tout le monde, sa forme d’expression est unique à lui-même. Priver un enfant de créer serait lui retirer son droit d’exister, sa liberté d’exprimer qui il est.
Il faut bien grandir
Mais on ne peut pas rester enfant toute la vie… Il faut grandir, revenir les deux pieds sur terre, se mettre un peu de « plomb » dans la tête et cesser de rêver. On a des études à faire, des diplômes à décrocher, des échelons à gravir, une hypothèque à payer, une famille à élever. Les rêves font place à la réalité, l’imagination se tait au profit de la raison et le besoin de créer est remisé au rang des passe-temps. Le problème, c’est qu’on n’a pas vraiment le temps. Alors, on oublie…
Surprise !
Mais vient un jour où, sans raison précise, en quête d’on ne sait trop quoi, on s’inscrit à un cours du soir pour mettre un peu de couleur dans notre vie. Et là, c’est la surprise…
Surprise, en redécouvrant notre talent de peintre, de voir tout à coup se profiler sur la toile les traits de la colère qui nous habite depuis tant d’années, nous, pourtant si dociles. Surprise, en redécouvrant notre fougue théâtrale, d’éprouver un malin plaisir à jouer le rôle du justicier, nous, pourtant si doux. Surprise, en redécouvrant la beauté de notre voix, de pleurer comme un enfant en chantant l’Ave Maria de Shubert, nous, pourtant si réservés.
Je me souviens
Peu importe sa forme d’expression, l’art ouvre une brèche dans le temps et nous propulse loin de l’univers de la raison, au coeur même de nos émotions. Au contact de l’art, on retrouve nos origines, on se souvient… On se souvient qu’au commencement… il y avait des rêves que l’on chérissait, des talents que l’on portait, des passions qui nous habitaient. On se souvient aussi des désillusions que l’on a vécues, des blessures que la raison nous a conseillé de taire, faute de ne pas savoir quoi en faire. On réalise qu’en ayant troqué le besoin de créer par celui de raisonner, on n’a vécu qu’à moitié, un humain parmi tant d’autres, incapable d’exprimer sa différence.
L’art nous met en contact avec la partie la plus intime de nous, la plus vraie. L’art nous permet d’exprimer librement qui nous sommes et nous aide à transformer le chaos qui nous habite en plénitude. Il nous invite à devenir l’artiste suprême à l’origine de notre création et de voir que cela est très bon…
Lucie Douville
Éditrice et rédactrice en chef
Contenu intégral du texte dans le Magazine VIVRE de Juillet-Août 2006. Ce texte vous a plu et vous aimeriez consulter le sommaire de ce numéro ?
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