Qui n’a jamais cherché à savoir s’il était « à sa place »?
Jean-Philippe Brébion
Lorsque Lucie Douville m’a proposé d’écrire un article sur le thème « Être sur son X », je dois l’avouer, je ne savais absolument pas ce que signifiait cette expression! En tant que Français de France, elle n’avait jamais atteint mes oreilles. J’ai donc cherché…
Il semblerait que ce soit une expression typiquement québécoise qui évoque le fait d’être exactement à sa place, dans ce qui nous correspond, aligné avec ce que l’on fait, dans sa zone naturelle d’aisance.
Au bon endroit, au bon moment
Être sur son X, ce serait être au bon endroit, au bon moment. Expression souvent reprise de Theodore Roosevelt : « The right man in the right place at the right time », soit la bonne personne, au bon endroit, au bon moment.
Mais ce qui m’a profondément intéressé, ce n’est pas son origine. C’est son image : être sur son X, comme un X marqué sur une carte, un point précis, un emplacement exact. Et là… tout a eu du sens!
Être sur son X : se situer et non chercher
Il semblerait que beaucoup cherchent à être sur leur X comme on chercherait une destination, un but : un métier, une relation, une réussite, une reconnaissance. On imagine que « trouver son X » signifie atteindre enfin un état stable et harmonieux.
Mais le X n’est pas un lieu à atteindre, c’est un point à reconnaitre. Être sur son X ne signifie pas chercher un but ultime. Ce n’est pas vouloir aller quelque part. C’est se situer. Et se situer, c’est reconnaitre ce que je suis, tel que je suis, là où je suis. Tant que je cherche mon X à l’extérieur, je pose l’idée qu’il me manque quelque chose et cette idée crée la distance. Et c’est là que nait la tension.
Le point de bascule
Et donc peut-être qu’il ne s’agit pas d’Être sur son X… Mais d’Être X. Simplement présent.
Insaisissable. Non identifié. Disponible. Ouvert à l’inconnu. Tant que je cherche à Être sur mon X, je suppose que je n’y suis pas encore et je me projette ailleurs. Je crée une distance.
Ce point vivant que je suis
Peut-être que le véritable X n’est pas un endroit sur une carte. Peut-être qu’il est ce point vivant que je suis, ici et maintenant, simplement ouvert à l’inconnue. Et ça… c’est le véritable point de bascule.
Version intégrale du texte dans le numéro où est paru cet article
