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DOSSIER : Écouter, oser, puis se laisser porter - Rencontre avec Joanie Lacroix

DOSSIER : Écouter, oser, puis se laisser porter - Rencontre avec Joanie Lacroix

« Quand je suis revenue à la maison, à la suite du premier documentaire que j’ai tourné avec Vincent pour Pastel Fluo, j’étais sur un nuage. Je réalisais que j'étais venue sur Terre exactement pour mettre en lumière la beauté de l’humain et sa contribution à bâtir un monde meilleur! Je le sentais. J’étais sur mon X. C’était ça… J’y étais! » Joanie Lacroix

 

Lucie Douville

Quelle est notre raison d’être ici, sur Terre? Eh bien, je crois que le but de l’expérience humaine est justement de découvrir quelle en est la raison afin d’incarner notre lumière, pleinement! Mais découvrir sa raison d’être n’est pas toujours chose évidente…

Des larmes aux yeux à la joie dans le cœur
On pourra passer de nombreuses années à croire qu’on y est, sans être totalement satisfait, en se disant que dans la vie, rien n’est parfait! Jusqu’au jour où, au moment qu’on s’y attend le moins, la Vie va placer sur notre chemin une épreuve qui viendra tout changer, extérieurement parlant; pour nous réaligner, intérieurement parlant, avec la vie qui nous était véritablement destinée. Notre X…

C'est avec toute sa lumière et toute son authenticité que Joanie Lacroix partage son histoire avec nous… Une histoire qui, j’en suis persuadée, vous fera venir à la fois les larmes aux yeux, et à la fois fera naitre une certitude dans votre cœur, celle que la Vie agit toujours pour notre plus grand bien, car Elle sait, qu’en Vérité, notre raison d’être n’est pas de réussir dans la vie, mais de réussir notre vie en contribuant à bâtir un monde meilleur et, grâce à l’unicité de nos dons, laisser un legs précieux aux futures générations.

Jeune, avais-tu déjà une idée de ce que tu voudrais faire plus tard?
J'ai toujours aimé la communication, c'est probablement ce qui m'a amenée à aller en production télé, même si je m’y suis un peu perdue. Ce n’était pas vraiment aligné avec mes valeurs. Quand mon fils est décédé, j'ai renoué avec ce que je portais au fond de moi, mon rêve de petite fille, le désir d'aider les autres, avoir un regard plus spirituel sur la Vie.

Portais-tu déjà en toi le désir profond de changer le monde?
Ç'a toujours été le cas! Mais pendant longtemps, je ne me suis pas permis d'occuper ma place, de réaliser mon rêve. Il a fallu qu’une grande épreuve arrive dans ma vie pour que ça devienne clair pour moi et que je me donne la permission d’écouter ce qui cherchait à émerger en moi ou comme j’aime bien le dire : « écouter ce que la Vie voulait faire à travers moi ».

Pourtant, j’avais tout ce que la société dit qu’on doit avoir pour être heureux, la totale, quoi! En même temps, je ressentais que je ne marchais pas sur le chemin de mon âme, mais je n’avais aucune idée comment être sur mon X.

Ton petit Thomas est décédé en 2015. Comment as-tu réussi à traverser cette épreuve?
La spiritualité et la pleine conscience avaient commencé à faire partie de ma vie. Quand Thomas est né, au début, il allait bien, mais pour des raisons qu'on ignore, un jour, il a perdu un tiers de son sang, et c'est à partir de là que tout a dégringolé.

On s’est retrouvé devant la décision la plus difficile de notre vie : est-ce qu'on force la vie où on l'accompagne aux soins palliatifs? Nous en sommes venus à la conclusion que nous ne voulions pas lui faire subir toute forme d’acharnement. Alors, nous avons choisi de l’accompagner aux soins palliatifs.

Comment cela s’est-il vécu?
Quand on s’est retrouvés aux soins palliatifs, j'ai vraiment eu une impression de déjà-vu. J’ai vécu une rencontre de cœur à cœur avec Thomas. Juste avant de mourir, j’ai entendu intérieurement : « Le chemin ne sera pas facile, mais tu vas voir, il y aura tellement de cadeaux… » Quelque part, une partie de moi se souvenait… C’est comme si mon âme se souvenait. Moi qui ai toujours eu une peur extrême de la mort, là, j'étais face à ma plus grande peur. Thomas est mort dans mes bras.

Quand il est mort, j'ai eu l'impression qu'il y avait des anges autour de nous. C’était un moment de paix indescriptible. C’était totalement différent de ce à quoi je m’attendais. Moi qui pensais m'effondrer, j'étais enveloppée dans une énergie de paix, de lumière et d’amour. Aujourd'hui, je suis certaine que mon âme savait… Toute ma jeunesse, mon âme savait ce qui m'attendait et c'est pour ça que j'avais si peur de la mort.

Comment l’as-tu vécue?
C’était vraiment spécial. Parfois je vivais des moments où j'étais totalement « humaine » et je vivais l’immense douleur du deuil de mon fils. À d’autres moments, c'était un peu comme l'âme dans le fond de l'océan qui, malgré toute l’agitation à la surface, vit un grand calme intérieur.

Comment ta vie a-t-elle changé par la suite?
Tout a changé. Mon regard sur la Vie a complètement changé. J’ai d’abord pris conscience que j'allais mourir un jour. La mort est taboue dans nos sociétés occidentales, mais ce qu’on ne réalise pas, c’est qu’on se prive de la force de vie qui vient avec le fait d’apprivoiser la mort. Tout est interrelié.

Plus tu prends conscience que tu vas mourir, plus tu es habitée par une force de vie, et plus tu vis ta vie. Pour moi, c'était comme s’il y avait la maman qui perdait son enfant, mais il y avait aussi la Vie qui poussait et qui voulait vivre! Ça te force à te questionner : « Qu’est-ce que je fais de ma vie à partir de maintenant? Qu'est-ce que j'ai envie de vivre? » « Qu’est-ce que je veux léguer à ma descendance? » C’est ce qui m’a permis de sortir de mon hiver intérieur. Nourrir la Vie en moi m’a permis d’activer tout en douceur mon printemps intérieur.

Je me suis demandé : « Qu'est-ce qui me rend vivante? Qu'est-ce qui me donne de la joie? » « Qu’est-ce qui pétille à l’intérieur de moi? » Et c’est là que j'ai vraiment renoué avec mon rêve d'enfant, qui était de changer le monde à travers des entrevues totalement humaines. Fini les compromis. J’avais retrouvé ma liberté de créer. J’étais sur mon X.

Version intégrale du texte dans le numéro où est paru cet article

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