La plupart d’entre nous avons appris à opposer la vie à la mort. La vie serait ce qu’il faut préserver. La mort serait ce qu’il faudrait éviter. Nous parlons de lutter contre la maladie, de combattre la mort, de prolonger la vie. Toute notre culture repose sur cette opposition qui parait tellement évidente, que nous ne la remettons presque jamais en question.
Jean-Philippe Brébion
Pourtant, lorsqu’on observe la Nature, rien ne confirme cette séparation. Tout ce qui vit nait et meurt continuellement. Le jour nait à l’aube et meurt au crépuscule. Les saisons apparaissent puis disparaissent. Les cellules de notre corps se renouvellent sans cesse. Chaque respiration est naissance et mort : l’inspiration nait, l’expiration s’achève.
La Vie n’est jamais séparée de la mort. Elle les contient toutes les deux. La mort n’est donc pas son opposé, elle en est une composante indissociable. Notre peur de la mort commence peut-être lorsque nous oublions cette évidence.
Une mission parfaitement légitime, mais…
Ce qui redoute la mort n’est pas la Vie. C’est l’égo. Et comprenons bien que l’égo n’est pas un ennemi ni une illusion qu’il faudrait détruire. C’est une fonction de survie. Sa mission est parfaitement légitime : assurer la continuité de ce que nous croyons être. Il veille à ce qu’il y ait quelqu’un qui, demain, ressemble à celui d’aujourd’hui. Il cherche à maintenir une identité. À garantir une continuité.
Pour lui, toute remise en question de cette continuité représente un danger. Et c’est précisément pour cette raison que la peur de la mort est si fondamentale. Car pour l’égo, mourir signifie disparaitre. Non seulement biologiquement, mais psychologiquement.
L’Être ne disparait jamais
Chaque fois qu’une identification est menacée, chaque fois qu’une image de soi vacille, l’égo éprouve quelque chose qui ressemble à une mort. Nous pouvons d’ailleurs l’observer dans notre propre expérience… Lorsque nous cessons d’entretenir une image de nous-mêmes, une inquiétude apparait souvent. Une peur subtile. Une sensation de vide. Comme si quelque chose risquait de disparaitre.
Et quelque chose disparait effectivement. Mais ce n’est pas l’Être. C’est l’identification.
C’est la croyance d’être quelqu’un. Et c’est pourquoi la peur de la mort est si précieuse, car elle révèle l’endroit exact où nous sommes encore identifiés à ce qui cherche à survivre. Elle nous montre où nous confondons notre véritable nature avec une forme provisoire.
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