« Dans les minutes, les heures, les jours qui suivent notre mort, notre désir le plus ardent est de revenir dire à celles et ceux que l'on aime que finalement tout va bien. Oui, on est stupéfait et cela peut alimenter chez certains une forme de confusion, mais une chose est sûre : on n'est pas mort et on a envie de le faire savoir… » Stéphane Allix
Lucie Douville
À 19 ans, Stéphane Allix part à titre de journaliste pour couvrir la guerre en Afghanistan. Il y fera de nombreux séjours jusqu'au jour où son frère, Thomas, va périr dans un accident de la route, juste sous ses yeux.
Il était là, je l’ai senti
« Au moment de la mort de Thomas, j'étais en état de choc, c'est clair, mais j'avais l'impression de baigner dans un nuage de confusion qui n'avait rien à voir avec mon état, et qui semblait imprégner l'endroit. Ça a été tellement marquant sur le moment que ça m'a poussé à m'adresser à Thomas pour lui expliquer ce qui venait de se produire, comme si j'obéissais à une nécessité inconsciente. » Stéphane Allix
« Je crois que c'est précisément à cette seconde que tout a changé pour moi, qu'au fond de mon inconscient, quelque chose s'est allumé. J'ai mis des années à m’en rendre compte, mais sans le savoir à cet instant, c'est Thomas que j'ai senti. Il était là, encore vivant dans l'air autour de moi, alors que je me trouvais terrassé, les genoux au sol, devant sa dépouille, tenant sa main abandonnée. Son âme libérée se mêlait à la mienne… » Stéphane Allix
Pour toi, Luna
Cette mort tragique est devenue le point de départ d'une quête de sens de l'existence dans laquelle il va réorienter sa carrière pour enquêter, avec une grande rigueur journalistique, sur les phénomènes extraordinaires entourant la mort, l’âme, la conscience et les diverses capacités extrasensorielles des êtres humains.
C’est, quelque part, pour sa fille Luna qu’il a écrit La Mort n’existe pas, un livre qu’il lui a dédié. Il veut qu’elle sache qu’après sa mort, il sera encore là… Parfois dans son environnement proche, parfois ailleurs, mais toujours en lien avec elle. Il vient lui dire : « Lorsque je m'effacerai de ce monde, je serai toujours vivant. » Et dans ce même livre, il vient nous dire, à nous : « Lorsque l'on meurt, on ne cesse pas de vivre. On change simplement de monde. »
Comment décrirais-tu l’histoire d’une vie humaine?
Notre vie terrestre est un gouffre d'amnésie, mais aussi le théâtre des expériences de notre âme. Tout ce qu'on traverse a du sens pour elle, même si, parfois, ça échappe à notre entendement. Tout y est enseignement et participe d'un cheminement vers l'harmonie.
L'âme se glisse dans un rôle pour vivre une expérience terrestre, mais nous, nous nous identifions tellement à notre corps et à notre personnalité, que le rôle se met à croire en sa propre existence. Dès lors, nos dynamiques psychologiques, nos schémas de pensée, nos croyances recouvrent notre âme et l'imprègnent comme la boue imprègne l'eau pure d'un torrent. Nous avons peur et nous souffrons parce que nous sommes comme des poissons aveugles nageant en eaux troubles.
Mais en naissant, notre âme a un plan, elle a un certain travail à faire et à terminer sur le plan terrestre. Elle va utiliser le corps et la personnalité pour effectuer ce travail et lorsque ce travail sera terminé, elle va quitter ce plan et retrouver toute sa liberté. Je crois que dans notre vie incarnée, nous sommes « enfermés » dans un corps, dans une identité et notre dimension spirituelle, notre âme ne peut pas s'exprimer, fonctionner comme elle pourrait le faire si elle n’était pas « enfermée » dans ce corps.
Finalement, la personnalité à laquelle nous nous identifions tout au long de notre existence ne définit pas l'être que nous sommes. Notre personnalité n'est pas notre conscience. Dès lors, la grande question est de savoir qui meurt?
Quel langage utilise l’âme pour communiquer avec nous?
Pour moi, l'intuition, c’est le langage de l'âme. On a tous une âme, on possède tous une dimension spirituelle qui est en lien avec le reste du monde. Ce qui distingue une personne d’une autre, c'est en quoi sa structure psychique, physique et mentale est complètement hermétique ou si elle laisse passer des informations plus subtiles…
Dans mon propre cheminement, je ne suis pas médium, mais j'ai observé combien, au fil des ans, en m’ouvrant de plus en plus à mon monde intérieur, j'ai été capable non pas d'entendre des voix, mais de percevoir des choses subtiles que je ne percevais pas avant. Nous avons toutes et tous cette capacité. C’est une question d’ouverture. On est tous sensibles, on a tous de l'intuition.
Pour toi, les mots âme et conscience fondamentale décrivent-ils la même chose?
Pour moi, oui. Dans la tradition hindoue, les Védas parlent de Jīvātman, ou Jîva, qui est l'âme individuelle incarnée d'un être vivant. Elle porte l'ego, la mémoire et le caractère à travers le cycle des réincarnations. Elle est enchaînée à ce cycle jusqu'à ce qu'elle réalise sa vraie nature divine. Je trouve que ce concept se marie bien avec ce que l'on peut identifier dans l’étude des phénomènes reliés à la conscience fondamentale, comme dans les EMI, dans les expériences psychédéliques, chamaniques…
Si on pense aux caractéristiques que devrait avoir la conscience pour être capable de communiquer avec des êtres humains, être capable, comme le décrivent les expérienceurs d’EMI, d'être à la fois là et l’instant d’après être à l'autre bout du monde, être capable de se manifester sous forme d'esprit dans des cérémonies chamaniques, eh bien, toutes ces caractéristiques correspondent au jīvātman tel que décrit dans les textes védiques qui datent de plusieurs millénaires. Il y a « quelque chose » qui porte non pas notre personnalité, mais qui porte un fondement de notre individualité qui continue à vivre après la mort.
Ce « quelque chose » qu'on appelle l’âme, la conscience, que se passe-t-il pour elle après la mort du corps physique?
Lorsque l’on meurt, on ne cesse pas de vivre. On change simplement de monde… Alors, l’âme continue à vivre, mais quoi? Je ne sais pas…
Quand nous allons mourir, il y a des éléments de nos personnalités qui vont se désagréger parce que ça n’a aucune importance pour la suite… Ça n'a aucun sens de s'y attacher. Mais il y a « quelque chose » qui va continuer à vivre, à évoluer, et qui va peut-être incarner de nouvelles histoires, de nouveaux personnages. Qui sait? C’est ce que j'appelle l'âme individuelle, le jīvātman des hindous.
C'est un peu comme un acteur… Notre âme, c'est l'acteur qui, dans ses différentes vies, va incarner le rôle principal. Cet « acteur » pourra être marqué par un rôle, il pourra en garder l'expérience, qu’elle soit bonne ou mauvaise, mais à la fin du film, il va réaliser que ce n’était qu’un film et il va revenir à sa vie afin d’endosser un nouveau rôle. Mais il y aura quand même une constance dans chacun des films qu’il va jouer, la constance de l'acteur.
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